L'article #02 : Jacques De Deker

€2.00

Jacques De Decker : L'immortel de l'Académie royale de Belgique

L'article de Véronique Bergen

ISBN : 978-2-87595-369-8

Parution le 1 novembre 2020

Prix : 4€ (+1€ de frais de port) / 2 € en version numérique

Disponible en version numérique sur toutes les plateformes

éditorial

Véronique Bergen peint en l’honneur de Jacques de Decker un véritable portrait de Dorian Gray. En Belgique, toute personne liée à la littérature le connaissait. Je le voyais régulièrement fréquenter les rayons « poésie » et « littérature belge » de la librairie Tropismes. Maintenant qu’il nous a quittés en avril 2020, l’académicienne, son ancienne consœur, nous conduit au grenier des Lettres, enlève la poussière et nous dévoile dans sa splendeur et sa beauté l’image intacte et vive de son être qu’il a enluminé tout au long de sa vie. En le lisant, j’ai eu le sentiment d’avoir perdu « le dernier des Belges », comme on a dit de nombreux personnages historiques qu’ils furent chacun « le dernier des Romains ». C’est l’incarnation de cette impossible unité qui révèle la richesse et la diversité de notre culture et de la personnalité qui s’y est plongée.

Paradoxalement, je connaissais mal l’homme qui avait brossé mon portrait à la remise de la bourse Horlait-Dapsens dont j’étais le lauréat pour l’Académie Royale de langue et de littérature françaises en 2018. Nous avions conversé ensuite, il m’avait fait part de sa passion pour Tchékhov et je lui avais exposé mon projet de traduction de poèmes russes sur la Belgique. Un mois avant son décès, à la foire du livre de Bruxelles, il nous avait confié à mon père et moi un secret : « Je me suis mis à la poésie, c’est un secret que je vous révèle ». Et avec son sourire facétieux, il avait quitté notre stand, en nous laissant une dernière impression, toujours vivace.   

extrait

Seul le conte par sa plasticité serait à même de dresser un portrait de Jacques De Decker (1945-2020), de rendre toute l’épaisseur d’une personnalité d’une multiplicité foisonnante. Jamais il ne s’est tenu à un principe logique d’identité assis sur l’unité, la fermeture. Jamais il n’a épousé cette loi prenant la forme d’une équation A = A, qui forme l’un des pôles de la triade que la philosophie de l’Antiquité a posée en réquisit de l’exercice de la pensée (principes d’identité, de non-contradiction et de tiers exclu). Là où Pessoa a élu le médium de l’hétéronymie afin d’exprimer la multitude de voix qui l’habitent, Jacques De Decker a abrité sous un même nom un homme-orchestre, tout à la fois, en une seule vie, écrivain, dramaturge, critique littéraire et culturel, biographe d’Ibsen et de Wagner, traducteur, journaliste, conférencier, enseignant, acteur, secrétaire perpétuel de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (Arllfb). Nul étonnement qu’il ait donné à l’Académie une communication sur Pessoa, lui qui pratiquait autrement l’hétéropraxis sans passer par l’hétéronymie.

Il était avant toute chose un homme de théâtre, un baladin des Lettres qui, shakespearien dans l’âme, arpentait le monde comme une scène de théâtre, un palais des glaces. C’est ainsi que son existence se jouait sur plusieurs plans scéniques reliés entre eux par un double fil, celui de la passion et de la liberté. La base continue des plans scéniques qu’il embrassa se nomme création, monde esthétique articulé à son inscription dans l’histoire — de l’écriture à la peinture, de la musique au cinéma, à la danse, bref, la culture si le mot n’était à ce point galvaudé par son absorption dans la sphère mercantiliste.

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