50 histoires très concentrées à dégoupiller dans les soirées

€10.00

50 histoires très concentrées à dégoupiller dans les soirées

de Samuel Corvair

ISBN : 978-2-87595-241-7

Prix : 10€

113 pages

Parution le 15 octobre 2019

Distribution : distribution@maisondelapoesie.com

Les grandes questions ne restent pas toujours sans réponses. Quels que soient les thèmes abordés – morale, éthique, politique, musique, obsessions, angoisses (y compris celles des psys), violence, génocides, odeurs, senteurs, vin, bière, sexe, temps, hasard, amour, mort, souffrance, astrologie, science-fiction –, l’auteur de ces 50 histoires très courtes donne à réfléchir. Il trempe sa plume acide dans l’humour noir et offre une parabole singulière sur notre perception de la vie et notre manière d’être. Dérision et abréaction à tous les étages. 

Samuel Corvair vit à Paris. Ancien punk fan de Clash et Pink Floyd, cet amoureux des mots déteste se prendre au sérieux. Il travaille dans un bureau, mange bio, roule à vélo, court en France et à l’étranger, adore jouer de la guitare et écrire. Des histoires et des chansons. Nourries par des faits divers et des situations absurdes. Sans se prendre la tête.

Langue de feu 

            Couple dans un restaurant. Echange de paroles châtiées, en français. Soudain un mot anglais s’impose, suivi d’autres. La conversation passe la frontière. Elle se poursuit et s’accélère sous l’effet d’expressions américaines, glisse en terre espagnole. Aux tables voisines, des regards fusent : les phrases s’enchaînent, aussi parfaites l’une que l’autre. Elles coulent, claires et limpides. Au détour d’une locution, la femme introduit l’allemand. L’homme suit, à grande vitesse. Les phonèmes produisent une autre harmonie, devant un auditoire médusé qui interrompt le bruit des fourchettes. La langue de Goethe se déploie comme à l’opéra, piquée de légers soubresauts rauques. Lassée, la femme ponctue son discours d’italien et de latin, rebondit en russe. Le rythme s’emballe. L’homme répond en grec et en serbo-croate, elle le coupe en polonais puis en tchèque. Des répliques hongroises, danoises, slovènes s’entrechoquent, signifiant l’enthousiasme, la compassion, l’exaspération.

            Tandis que le restaurant tout entier demeure pantois, la femme interpelle l’homme en chinois. Elle sourit mais ce qu’elle dit est aussi violent qu’une morsure de serpent. Il se défend avec des rafales japonaises, thaïlandaises, vietnamiennes. Cela ne suffit pas. Elle profère du turc et du cambodgien d’une voix grave et, gutturale, de l’arabe. Il réplique en hébreu et secoue la tête, triste.

            Le patron de l’établissement, qu’on a appelé en hâte, est inquiet. Mais, n’y comprenant rien, il n’ose intervenir. A présent la femme ricane en dialectes africains et, stupéfaction, en gaélique. L’homme contre-attaque en araméen, amer. Enfin la femme articule des mots incompréhensibles, avec une rage contenue.

- Mais qu’est-ce que c’est que ce charabia ?, dit-il en français et se plaignant d’une douleur à la tête.

- Normal, répond-elle en espéranto, essayant de rester le plus neutre possible. Je ne t’aime plus.

            Et de déclamer, sur un ton inflexible : « Arche ne meu  neu gueu neu. Oche né qué. Ka la soie. » Entendant cette formule, au dernier mot perfide, l’homme s’effondre sur son assiette. Mort sur le coup.

Ulysse 

            Il s’était absenté longtemps. Trop. Exilé à Guernesey, comme un homme illustre. Sauf que lui, il ne l’était pas.

            Quand il tapa à la porte de sa maison, on crut à un fantôme. Puis à une falsification.

            Il demanda des explications, quelqu’un dit qu’il était mort. Il se défendit, en vain. Il n’était vivant que pour lui-même.

            Alors, ne pouvant retrouver ses marques dans ce monde qui l’avait tué, il s’endormit.

            Depuis, on dit qu’il est toujours en route. 

Le Devin 

            Il était fort. Très fort. Trop fort et lassé par son talent.

Il partageait avec Dieu le génie de prédire correctement les tragédies et de se taire car, de toute façon, personne ne l’écoutait jamais.

            Le jour où il prédit sa mort, il devint aussi faible que les autres.

Et inutile, définitivement.

 

Clin d'oeil de François Morel

 

            

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