#07 Seule dans le noir

€5.00

Opuscule #07

Auteur : Adeline Dieudonné

Titre : Seule dans le noir

Collection Opuscules

Parution : Vendredi 13 octobre 2017

ISBN : 978-2-87595-091-6

Prix : 4€ ( + 1€ en envoi postal)

Ils ont démoli la porte d’entrée. Une rafale de kalachnikov. Un bruit monstrueux qui l’a arrachée à son sommeil. Elle a entendu le bruit, mais plus que tout, elle a senti les balles percuter les murs. Ça a pénétré sa chair aussi sûrement que si elle avait été sa propre maison. Pendant quelques secondes, elle a communié avec la brique, a ressenti les impacts, sidérée par leur violence.
Ils sont entrés.

Adeline Dieudonné est née en 1982. Elle habite Bruxelles. Romancière et actrice, elle a remporté grâce à sa première nouvelle, Amarula, le Grand Prix du concours de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle a publié aux éditions Lamiroy un opuscule, Seule dans le noir, et une pièce de théâtre, Bonobo Moussaka, en 2017. La Vraie Vie aux éditions L’iconoclaste est son premier roman.

www.adelinedieudonne.com

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Seule dans le noir. Un silence sauvage qui lui dévore les tympans.

Cette nuit, les voisins de Julianne sont morts. Tous.

Recroquevillée dans sa garde-robe, elle n’a pas bougé depuis trois heures. Ses genoux lui font mal. Elle a l’impression que les os de son bassin vont transpercer la chair de ses fesses. Elle devait faire pipi mais elle a capitulé et a accepté de se pisser dessus. Maintenant elle a froid. Elle pense au thermostat qui est réglé sur 10° pendant la nuit. Réflexe écolo de merde. Enfin, écolo c’est un prétexte si elle veut être tout à fait honnête avec elle-même.

Au fond de son placard, frigorifiée dans une flaque de pipi glacé, Julianne réalise qu’elle est radine. Une vieille fille de 38 ans pingre et amère.

C’est sans doute ce qui lui a sauvé la vie.

Sa maison est tellement froide et vide qu’ils ont dû penser qu’elle n’était pas habitée.

Ils ont démoli la porte d’entrée. Une rafale de kalachnikov. Un bruit monstrueux qui l’a arrachée à son sommeil. Elle a entendu le bruit, mais plus que tout, elle a senti les balles percuter les murs. Ça a pénétré sa chair aussi sûrement que si elle avait été sa propre maison. Pendant quelques secondes, elle a communié avec la brique, a ressenti les impacts, sidérée par leur violence.

Ils sont entrés.

Bidule a aboyé. Un jappement amical. Bidule c’est le plus mauvais chien de garde du monde. La scène s’est déroulée dans la tête de Julianne comme si elle l’avait vue de ses propres yeux. Le petit corps de cocker un peu obèse secoué par le balancement joyeux de sa queue. Dans ses yeux, les intrus ont dû lire quelque chose comme : « oh chouette, des visiteurs ! Vous êtes mes nouveaux amis ! Ma maîtresse va être contente de vous voir ! Je vous aime ! »

Une nouvelle rafale. Plus de Bidule.

Ils étaient trois ou quatre. Ou peut-être deux. Ou peut-être quarante, Julianne n’en a pas la moindre idée. Ils ont fureté sommairement. L’un d’entre eux est entré dans sa chambre. La démarche était énergique et assurée. La démarche de quelqu’un qui connaît son boulot. Il se tenait à quelques centimètres d’elle, juste devant la garde-robe. Une garde-robe qu’elle a héritée de sa grand-mère. En chêne foncé. Le genre de meuble qu’on offrait aux jeunes mariés. Avec le lit et les tables de chevet assortis. C’était avant Ikea.

Elle s’est félicitée d’avoir fait son lit avant de se cacher, elle a embrassé son poignet silencieusement. Une ruse. Ça lui est venu comme ça, elle ne sait pas pourquoi. Elle a entendu la kalachnikov, le jappement de Bidule, la kalachnikov, alors elle s’est levée pour se cacher puis elle a pensé qu’avec un lit chaud et défait, elle signait son arrêt de mort. Elle a fait son lit au carré, en cinq secondes. L’homme qui se tenait à quelques centimètres d’elle a dû penser que l’occupante des lieux dormait ailleurs cette nuit. Peut-être chez un amoureux. Ah ah ! Elle est bien bonne celle-là !

En tout cas, ça a marché.

(...)

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