AbécéDOORS

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Titre : AbécéDOORS

Auteur : Gorian Delpâture

Gorian Delpâture est journaliste et chroniqueur littéraire à la RTBF. Il est le coscénariste de l’adaptation en BD du « Candide ou l’optimisme » de Voltaire et l’auteur du « KISSionnaire », premier abécédaire consacré au groupe de hard-rock américain KISS.

Illustrateur : David P.

Auteur et illustrateur, touche à tout infatigable, Brusseleir et zievereir de formation, David Peeters a déjà publié de nombreux livres dont "le livre secret du dégoûtant, "Elephant man, anatomie d'un monstre", la série "Il était une fois", "Lemmy", ainsi que la série "Beurk, la cruelle histoire de l'humanité".

ISBN : 978-2-87595-070-3
Prix : 25€ (franco de port pour la Belgique)

Parution le 2 février 2017 

Distribution : distribution@maisondelapoesie.com 

Tout libraire peut le commander auprès de notre distributeur.

Le 4 janvier 1967 paraissait un album étrange. Pas de titre mais un nom surprenant pour un groupe de rock : « The Doors ». Un visage géant et trois hommes plus petits se détachaient sur un fond noir sans le moindre sourire. Les morceaux annoncés au verso de la pochette tenaient moins du « Top 50 » que de la table des matières d’un recueil de poésies anglais du XIXème siècle ou d’un manuel d’alchimie médiévale : « Break On Through (to the other side) », « Soul Kitchen », « The Crystal Ship », « End Of The Night » ou encore « The End ». Ce disque, le premier des huit albums studio des Doors, allait lancer la carrière d’un des groupes de rock les plus fascinants de l’histoire, capable de fusionner musique et littérature, génie et chaos, beauté et laideur. Cet abécédaire retrace les étapes essentielles de la trajectoire des quatre musiciens américains jusqu’à nos jours, étudie chacun des disques publiés et surtout analyse toutes les chansons interprétées par les Doors. 

 

Préface de Jacques de Pierpont

Comme beaucoup de gens de la génération née au début des années 50, je suis « tombé en rock » pile poil à un moment magique – en 1965. L’année de la mue du rock’n’roll « primitif » en « rock music ». Plus que les incontournables Beatles et Rolling Stones, les premiers chocs de mon adolescence furent alors Bob Dylan (« Mr Tambourine Man »), The Who (« My Generation ») et The Kinks (« I’m Not Like Everybody Else »).
Mais le véritable éblouissement musical viendra deux ans plus tard avec la découverte d’une paire d’ovnis surgis dirait-on d’une autre dimension : Pink Floyd (la courte période Syd Barrett) et The Doors. Double gros flash : « Astronomy Domine » et « Light my Fire ».
The Doors, surtout. Inclassable, mystérieux, fascinant. Là, rétrospectivement, il y a clairement un avant et un après. J’ai 17 ans. L’âge où une poignée de chansons peut chambouler une vie. (« We want the world… and we want it now ! »)
C’est le début d’une durable connivence émotionnelle ponctuée de quelques beaux instants pivots.
Le premier, janvier 1967 : un disque, « The Doors », sans mention de titre.
(Le premier LP acquis avec mes deniers, 250 francs, après avoir beaucoup écouté chez eux ceux des copains et enfin trouvé un tourne-disque).
Tout y semble… tellement « différent ». L’ampleur du chant, son hypnotisant phrasé déclamatoire. L’unicité profonde du 8 9 son – voix, claviers et guitares en parfaite osmose, au point qu’il semble vain de discerner l’un des autres. La sobriété des arrangements. Le swing latin, la rythmique syncopée. Et le recours (alors si rare en rock) aux temps de silence. Du fulgurant « Break on Through » à l’entêtant final «The End», il se dégage de cet album un inquiétant parfum de transgression presque mystique, très éloigné de l’optimisme folk rock hippie alors dominant.
(Je ne découvrirai que plus tard, trop tard !, lorsque Lou Reed sera remis en selle par Bowie au début des années 70, qu’un autre groupe dégageait alors, sur la Côte Est, une aura sombre d’une veine différente mais de puissance égale : The Velvet Underground).
Le deuxième, août 1970 : l’ultime concert des Doors en Europe, au mégafestival de l’île de Wight. Il est deux heures du matin, le dimanche 29/08. Nichée au bout de la plaine immense, la scène ressemble à une boîte à chaussures, basse sur son socle et basse de plafond, chichement illuminée ; à cent mètres de distance et de biais, on n’en distingue que l’avant. On devine plus qu’on ne voit un Jim Morrison immobile – sa silhouette est comme fixée au pied de micro ; elle ne bougera pas, du début à la fin du concert. Mais la voix, elle, souveraine, déferle sur les centaines de milliers de spectateurs perclus de fatigue, engoncés debout dans leurs sacs de couchage.
Le troisième, juillet 1981 : Ray Manzarek en chair, os et lunettes, face au micro, à Paris. Il est présent au cimetière du Père-Lachaise à l’occasion du dixième anniversaire de la disparition de Jim Morrison – une rencontre rendue possible grâce à un ami belge de l’organiste, Rem, féru de la poésie de Morrison. L’homme est ému… et très conscient du poids de l’héritage à gérer – et du handicap qu’il peut constituer pour la carrière musicale de chacun des survivants. C’est l’occasion aussi de mieux saisir la quintessence de l’entité Doors.
Car, n’en déplaise à ceux qui ne considèrent que la personnalité tumultueuse de son chanteur, il faut dire et redire que le corpus des Doors fut le résultat d’un travail symbiotique de quatre individualités à prendre en considération de manière égale. Le génie de Morrison et l’inventivité des Krieger, Densmore et Manzarek se nourrissaient l’un de l’autre, dans un subtil mais fragile équilibre.
Ensuite ? La décennie qui suit voit un engouement croissant de nouvelles générations pour la musique des Doors ; pour la figure de Morrison, surtout – en témoigne la postermania / T-shirtmania que relança le décevant film d’Oliver Stone en 1990.
Il faudra le décès de Kurt Cobain en 1994 et sa déification rapide pour que ce culte digne de celui du Che s’estompe quelque peu.
Mais le mythe perdure : c’est cette année-là qu’un jeune homme nommé Gorian est passé « on the other side », ce que vous raconte l’avant-propos qui suit !

Jacques de Pierpont 

Avant-propos de Gorian Delpâture
Il m’a fallu plus de vingt ans pour écrire ce livre. Il ne s’agit évidemment pas de la durée de la rédaction elle-même. Vous vous en doutez, je ne concours pas dans la même catégorie littéraire que les Marcel Proust et autres James Joyce. Non. Vingt années se sont écoulées entre ma première écoute sérieuse des Doors et le projet de cet abécédaire. Je connaissais le groupe avant de l’écouter. J’avais vu des affiches de Jim Morrison torse nu. J’avais vu des T-shirts de Jim Morrison torse nu. Je savais qu’il était mort à 27 ans. Je savais qu’il y avait un lien entre le groupe et les drogues. Je n’avais d’ailleurs pas voulu regarder la première diffusion du film d’Oliver Stone à la télévision belge car je ne voulais pas cautionner cette histoire de « sales drogués ». Mais j’avais aussi découvert que le chanteur des Doors avait écrit des livres. Je me souviens particulièrement de la couverture d’un recueil de poche intitulé « Une prière américaine et autres écrits » où Morrison apparaissait barbu et habillé pour une fois. Ce livre que lisait un condisciple de l’athénée m’avait intrigué. Ces drogués savaient écrire ? Aussi, un jour d’été 1994, j’ai acheté une cassette (eh oui, ça ne nous rajeunit pas !) des Doors. Il s’agissait d’une copie pirate luxembourgeoise de leur premier album avec les chansons dans le désordre. Je l’ai écoutée sur la plage. Ce n’était pas celle de Venice où Morrison a chanté pour la première fois devant Ray Manzarek, c’était celle de La Panne à la mer du Nord, mais j’aime beaucoup cette coïncidence. Et quelle révélation. Cette voix presque effrayante qui me poussait à « allumer le feu » et à m’ « évader de l’autre côté » ; cette longue fresque épique mélangeant « la fin de tout ce qui existe », OEdipe et un serpent de sept miles de long ; cette musique alternant le meilleur rock, des airs carnavalesques, du jazz et du sitar ; je n’avais jamais rien entendu de tel. Et ce n’était que le premier album ! Il y en avait cinq autres avec des « gens étranges », un « soldat inconnu », une « douce parade », « un espion » et un « changeling ». Il y avait des concerts avec une énigmatique « célébration du lézard ». Il y avait ces photos des musiciens : un claviériste à lunettes qui semblait déchiffrer d’anciens mystères sur ses touches, un guitariste au regard vide et aux cheveux en bataille qui semblait errer sur scène, ce batteur très concentré qui ne souriait jamais. Et ce chanteur coiffé comme Alexandre Le Grand. Ces quatre jeunes hommes sortaient du lot. À leur époque dans les années 60. Et encore au moment où je les découvrais trente ans plus tard. Et il y avait des livres de poésie rédigés par le chanteur du groupe. Loin d’être un simple torse nu drogué, c’était surtout un grand amateur de livres qui citait Arthur Rimbaud et Friedrich Nietzsche en interviews. Ils copiaient William Blake, Louis-Ferdinand Céline, Anaïs Nin et James George Frazer dans leurs paroles. Quelle surprise. Je n’avais encore jamais rencontré de rockers lettrés, des musiciens aussi cultivés. Après tout, deux membres des Doors sur quatre étaient universitaires. J’ai tout acheté. Tout vu. Et tout lu. Ce que Jim Morrison a écrit et ce qu’on a écrit sur lui. Des milliers de pages lentement digérées pendant vingt années. Il y avait du bon et du moins bon. Du factuel et du fantaisiste. Du complet et de l’incomplet. Mais aucun ouvrage qui me satisfasse vraiment. Un livre qui raconterait (presque) tout avec des informations recoupées, un texte qui expliquerait les références littéraires des chansons, un document qui ne s’arrêterait pas à la mort de Morrison à Paris en juillet 1971 mais qui continuerait à raconter l’histoire des survivants. Ce livre n’existait pas. Il fallait l’écrire. Avec toutes les informations amassées dans ma bibliothèque et curieusement conservées dans ma mémoire depuis cette première écoute sur la plage, je pouvais le faire. Pour paraphraser Morrison, c’est comme « la corde d’un arc bandée pendant 20 ans et lâchée soudainement. » Le résultat, vous l’avez entre les mains. Cet abécédaire, je l’espère, apprendra quelque chose même aux fans les plus forcenés des Doors. Et il expliquera peut-être aux autres pourquoi cet homme torse nu figure encore aujourd’hui sur les T-shirts d’adolescents dont les parents n’étaient peut-etre même pas nés quand les Doors régnaient sur les classements américains.

Gorian Delpâture

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