Thierry Coljon nous amuse beaucoup avec son troisième roman. On retrouve Marine Lehner, la journaliste de Stromae est mort à New York et de Banksy et les taupes de Bethnal Green. Mais là, cela pourrait être sa dernière aventure. On est en 2080, elle vit dans un vieux palais de Venise, qui est quasiment sous eau. Et elle se souvient de son séjour dans ces lieux en 2020. De Fabrizio et de sa sœur Pandora, et surtout de Corto, le beau marin de Malte, sa boucle d’oreille, sa cigarette et ses histoires extraordinaires narrées d’un ton égal, qu’elle n’a plus jamais revu mais qu’elle a aimé. On a volé le bijou de Pandora, en forme de serpent, qui pourrait avoir un pouvoir maléfique. A Venise, la magie et la sorcellerie sont toujours au coin du canal. Et c’est le carnaval des recherches pour la retrouver et pour coincer ces fanatiques de la Mano Rosso qui veulent éliminer tout non-Vénitien de Venise. On circule sur les vaporetti, on visite les vieux palais, on déguste des ristretti, on admire la maison du Tintoret et le quartier de la Giudecca. Et on apprend des tas de légendes et de malédictions. Thierry Coljon connaît la musique, il en parle depuis très longtemps dans ce journal. Mais il connaît aussi Venise et ses contes et c’est plaisir de voyager avec cet érudit dans cette ville aux mille histoires et à la beauté émouvante. L’intrigue policière est bien menée, on côtoie le héros d’Hugo Pratt ainsi que celui de Donna Leon, Guido Brunetti, déguisé ici en Guido Brunetto. On s’angoisse un peu, on sourit aussi. On a passé, avec Marine Lehner et ses amis, deux heures délicieuses.
Comme tous les matin, Zappy (mon chat et compagnon) dépose le courrier à côté de nos gamelles et me dit d’un air enjoué, vise un peu le titre de cet opuscule-là, ça mérite toute notre attention. Lis-le, je lui réponds, tu sais bien que laper le lait n’est pas si facile pour moi, ça me prend du temps à chaque fois. Je lui demande quand même de ne pas enterrer n’importe où comme tous ses trophées ce petit livre d’une quarantaine de pages. Je connais bien l’auteur, Eric Allard, et chacun de ses livres sont de véritables trésors de poésie. Erica Lard, me lâche Zappy, surpris. Lard ? Cela devient intéressant. Mais non Minou (son surnom d’amour), Eric Allard. C’est un auteur qui a commis pas mal en littérature et je t’invite à lécher de temps en temps son blog Les Belles Phrases, tu ne seras pas déçu. Quelques heures plus tard, Zappy n’en pouvait plus de miauler, de sautiller d’un fauteuil à l’autre, de grimper aux rideaux. Mais enfin Zappy, tu perds tes poils pour le moment arrête de sautiller comme ça et puis que se passe-t-il au fait ? Je veux déménager et loger dans cet immeuble-là, celui du livre, celui de La maison des animaux. Ah bon, et pourquoi ? Ah mais quelle histoire ! Je kiffe ! Enfin un type qui nous comprendrait toi et moi ! De quel type ronronnes-tu ? Ben je miaule à propos du narrateur de cette histoire ! Eh bien miaule alors, je t’écoute. Le gars en question crèche dans un immeuble tout à fait ordinaire. Au-dessus de son appart réside Xanthe, un cheval. Au dernier étage, Aslan, un vieux lion. Et deux étages au-dessus du sien, une gonzesse, Noémie Dufosset. Noémie écrit des contes pour enfants et bosse aussi dans une boulangerie. Le narrateur en pince pour elle, tu comprends. Faut dire que c’est une chouette fille et elle écrit des histoires dans lesquelles les arbres voyagent, tu comprends. Ben oui je réponds entre deux lapages de lait, continue, cette histoire de cheval et de vieux lion m’intéresse à mords. Donc, lad dans l’histoire, les animaux ont les mêmes droits que les humains. Par exemple, Xanthe reçoit des soins d’un lad de l’assistance publique. C’est Marie-Aude, la logeuse du rez qui raconte tout ça au narrateur, tu comprends. Et l’ex de Marie-Aude, il est à présent en ménage avec un Jockey. De temps en temps, tout ce petit monde hippique se rassemble, discute et hennit de rire. Et Aslan dans tout ça, je demande. Justement, j’y viens. Le 23 juillet, on fête Aslan dans toute la ville, c’est le premier jour du signe du lion. Il trône sur un char, il est entouré de nanas masquées d’un loup et puis à partir de là, tout part en couille… Ah ? Ah ben oui, c’est toute l’histoire ! Lors de cette fête dédiée à Aslan, le bourgmestre, un bellâtre marié à un chimpanzé, prend la parole, rend honneur à Aslan. Le lendemain, Aslan meurt, empoisonné. Qui l’a tué, qui ? Polémique dans toute la ville et même… jusqu’en Chine ! Et Xanthe dans tout ça, je demande ? Et Noémie ? Ah je peux pas miauler toute l’histoire. Mais tu as raison, Eric Allard gazouille vachement bien. Parfois il bubule ou il zinzinule. Jamais il ne coasse ou ne jargonne. Et puis, quelle autodérision. Surtout du côté des dernières pages, mes coussinets en tremblent encore. Hâte de chatter avec Eric Allard. Car avec lui, pas besoin de logiciels de traduction.
Nous sommes très heureux d’ouvrir, au sein de notre collection bilingue russe-français, une série de petits-formats Knijka, avec un premier texte remarquable : la traduction par Jean-Pierre Pisetta de la nouvelle « Le dernier quatuor de Beethoven » de Vladimir Odoïevski.
Si cette publication nous permet de célébrer le deux cent cinquantième anniversaire de la naissance du compositeur allemand et de rappeler aux lecteurs francophones et russophones la plume d’un écrivain talentueux, souvent qualifié de « Hoffmann russe », elle s’insère aussi parfaitement dans notre ligne éditoriale.
Le propos du texte évoque notre première traduction, le « Tourgueniev » de Chestov. Les mêmes thèmes y sont défendus : la difficulté de créer, la facilité de se complaire dans un style, la mauvaise appréciation des critiques et du public et la vanité de l’entreprise artistique : « Oui, vraiment, à quoi bon tout cela ? Pourquoi ? On vit, on se tourmente, on pense ; j’ai écrit, et puis quoi ? Les douces affres de la création sont enchaînés au papier, impossible de les récupérer. »
Dans son délire, le personnage de Beethoven partage également la conception de la création artistique de l’écrivain russe Zamiatine – notre prochaine publication chez Kniga – notamment avec l’idée de l’artiste visionnaire : « Ils n’ont pas compris que lorsque je crée, je suis en avance sur le temps et que j’agis en suivant les lois profondes de la nature, encore ignorées d’un chacun et qui me seraient également incompréhensibles à un autre moment… »
Le dernier quatuor de Beethoven (1831) Vladimir Fiodorovitch Odoïevski (1804-1869) Traduit du russe par Jean-Pierre Pisetta (2020)
« Ils n’ont pas compris que lorsque je crée, je suis en avance sur le temps et que j’agis en suivant les lois profondes de la nature, encore ignorées d’un chacun et qui me seraient également incompréhensibles à un autre moment… »
Contemporain de Pouchkine, Vladimir Fiodorovitch Odoïevski (1804-1869) a mené une brillante carrière dans l’administration tsariste. Surnommé le « Hoffmann russe » pour ses récits fantastiques, il était aussi un grand critique musical, admirateur de Jean-Sébastien Bach et Ludwig van Beethoven.
Parmi toutes les photos de couvertures reçues, Carlos choisira celle qui sera imprimée en un tirage ultra limité et hors commerce dont le gagnant recevra 10 exemplaires avec son nom au générique du livre.
Attention :
Vous pouvez participer autant de fois que vous le voulez mais il n'y aura en tout et pour tout qu'un(e) gagnante à ce concours.
Personnalisez la couverture d'un vrai livre (pas de photocopies)
Ce concours se termine le 31 décembre 2020. Le résultat du concours sera annoncé ici. bonne chance à toutes et à tous !
Jeudi 24 septembre 2020à 19h00 Marc Danval : " Pittoresque de la futilité " en présence de l'auteur et présenté par Charlotte Dekoker Librairie Tropismes 11 Galerie des Princes 1000 Bruxelles www.tropismes.com
Vous retrouverez Jacques Cauda, Carlos Vaquera, Martinho Abreu, Alain Magerotte, Patryck de Froidmont, Pascal Dandois, Eric Fagny, Sophie Potier, Julie Gabellini, Lisette Delooz, Jean-François Foulon, Patrick Boutin, Emeline Ryckoort, Françoise Bruliau, Hugues Hausman, Chloé Derasse et Sandra Zidani dans le prochain Hors-série #09 en septembre ! (couverture Fred Jannin)