Contre-plongées

€20.00

Contre-plongées
Auteur : Luc Dellisse

Editions Lamiroy
Parution : 2 février 2026
ISBN : 978-2-39081-049-0      
200 pages
Prix : 20 €

A l'achat du livre Contre-plongées, uniquement sur notre site, vous recevrez également et gratuitement le livre Serrures du même auteur !

Consultez notre AGENDA pour connaître les détails de toutes les rencontres avec Luc Dellisse

  • Jeudi 29 janvier  : Bibliothèque Communale Hergé
  • Vendredi 6 février  : Salle Buen Vivir
  • Lundi 9 février : Rencontres de l'édition belge francophone
  • Mercredi 18 février  : Association des écrivains belges de langue française
  • Samedi 28 février : Librairie CFC
  • Dimanche 8 mars  : Librairie Mot Passant
  • Jeudi 26, vendredi 27, samedi 28 et dimanche 29 mars : Foire du livre de Bruxelles
  • Dimanche 12 avril : Festival du Livre à Saint-Gilles 

Tout libraire peut (vous) le commander à notre distributeur, 
la Maison de la Poésie d'Amay : distribution@maisondelapoesie.com

Il y a dans la plongée sous-marine, comme dans tous les rêves éveillés, quelque chose de magique qui fait ressurgir nos souvenirs engloutis.

Mais le vrai choc, c’est en remontant à la surface, par paliers, quand on aperçoit au-dessus de soi la lumière qui ondule, comme une promesse d’avenir. Cette contre-plongée est le vrai moment du bonheur. On ramène au grand jour les trouvailles des profondeurs.

Les 24 aventures qui composent ce livre ont toutes en commun l’étrangeté du monde. Elles se déroulent dans divers coins d’Europe, à différents moments décisifs de la vie du héros. L’action, le bonheur, l’amour, la menace et le secret se partagent cette vaste fresque aux dimensions d’une histoire éternelle.

Luc Dellisse, romancier, chroniqueur et poète, a publié une quarantaine de livres, dont récemment trois essais : Libre Comme Robinson, Le Monde visible et Le Temps de l’écrivain, aux Impressions nouvelles, et un roman, Ce que je sais sur Linda, chez Lamiroy.

La lumière du passé

La nouvelle est un genre littéraire a priori moins varié que le roman. Par définition courte, elle comporte nécessairement peu de personnages et un nombre réduit d’actions. Le récit y est conduit sans traîner et se termine souvent de manière inattendue. À l’intérieur de ce cadre contraignant, la personnalité de l’auteur s’exprime toutefois très librement par l’intermédiaire des thèmes, de la nature des personnages et des situations, ainsi que de la langue : en quelques paragraphes, on reconnaît une nouvelle de Guy de Maupassant, Anton Tchekov, Henry James, Franz Kakfa ou Ernest Hemingway.

Dans le cas des nouvelles de Luc Dellisse, un élément de caractérisation supplémentaire vient s’ajouter à ceux cités, eux-mêmes très présents, tant l’univers de cet écrivain est singulier et cohérent et son style aisé à identifier. Comme ses essais les plus récents, ses livres de nouvelles sont composés de textes spécifiquement conçus pour prendre place à l’intérieur de l’ensemble qu’ils forment. Le tout est toujours davantage que la somme des parties, mais il ne l’est jamais autant que lorsque les parties ont été dès le départ pensées en fonction du tout.

Tous les livres de nouvelles de Luc Dellisse ont donc un principe organisateur très fort qui assure leur unité. Jamais ceci n’a été aussi évident que dans le cas de son dernier. Explicitement énoncée dans le titre, Contre-plongées, l’idée qui commande l’ouvrage est distillée au long des histoires qui le composent à l’aide de formules variées : « On ne voyage vraiment que par la mémoire. Les déplacements physiques, les découvertes de paysage, l’émotion des rencontres, les surprises visuelles se cristallisent à retardement » ; « La mémoire est le seul appareil de contre-plongée » ; « Il faut effectuer des contre-plongées : partant d’une source vivante, encore magnétique, remonter, par paliers, au cœur du présent ».

On l’a compris, au cœur du livre figurent le passé, les souvenirs et la mémoire, ou, plus précisément, l’usage qu’on peut en faire. Les trésors ramenés à la surface lorsque la mémoire plonge dans le passé sont riches et variés, mais c’est le fait même de les ramener à la surface qui les fait briller de mille feux. Pour le dire autrement, si sa matière est par définition le passé, la mémoire est en réalité orientée vers le présent. L’idée n’est pas celle, juste mais banale, que les souvenirs aident à vivre. Elle est que, lorsque le travail de l’imagination en a extrait l’essence, le passé confère son sens à l’existence actuelle.

On note une sorte de progression dans la manière dont cette idée est illustrée. Toutes les nouvelles sont écrites à la première personne, comme autant de chapitres de cette « autobiographie imaginaire » que Luc Dellisse est occupé à bâtir au fil de ses livres : le récit, à partir de faits authentiques, de son existence stylisée par le travail de l’imagination. Comme l’ouverture d’un opéra annonce les thèmes qui vont être développés au fil des actes, la première histoire fait référence à une plongée sous les eaux au sens, non métaphorique, mais littéral du terme, « un moment d’émotion imprévisible, survenue au bord de la mer, qui unit […] l’aventure sous-marine et l’angoisse amoureuse ». Celles qui suivent sont autant de variations sur les motifs introduits dans ce premier texte, qui sont récapitulés dans la dernière. Construite autour de l’émerveillement suscité par un objet (une maquette de fusée) qui ramène le narrateur à ses rêves d’adolescent, cette ultime histoire se présente comme une conclusion puisqu’elle s’achève par le mot « FIN », transformant rétrospectivement tout ce qui précède en une sorte de roman de formation ou de récit initiatique.

Les épisodes successifs se déroulent en plusieurs endroits du monde (en Grèce, au Canada, en Yougoslavie, dans la Sarthe, à Florence, Venise, Paris et Bruxelles) à différentes époques de la vie du narrateur, évoquées sans ordre chronologique. Les situations décrites ont souvent un caractère dramatique. L’idée, récurrente dans l’œuvre de Luc Dellisse, que le monde est dangereux, menaçant, incertain, imprévisible et rempli de signes mystérieux à déchiffrer, sous-tend presque tous les récits, dans lesquels il est fréquemment question de vols, de morts brutales, de catastrophes réelles ou attendues, des vertus de la méfiance et de l’utilité de l’existence dans des espaces parallèles. Une des histoires est bâtie autour du principe qu’«une vie sans issue de secours […] est insupportable ».

Mais les signes à interpréter ne sont pas toujours de mauvaise augure, et les surprises peuvent parfois prendre une forme agréable. Souvent, elles se présentent sous la forme de l’amour, plus précisément de la possibilité de l’amour, voire de la simple idée de l’amour. Comme ses romans, les nouvelles de Luc Dellisse sont traversées par de nombreuses femmes. Dans Contre-plongées, elles sont de type varié et les rapports qu’elles entretiennent avec le narrateur sont très divers par leur nature et leur durée : amies, amantes, rencontres fortuites, fugitives ou quasiment imaginaires, elles occupent toujours une place centrale dans les histoires où elles apparaissent. Le souvenir d’une d’entre elles, l’éphémère épouse décédée du narrateur, hante plusieurs nouvelles.

La force du livre réside largement dans la force des descriptions. Le récit d’un incendie, peut-être réel mais peut-être seulement rêvé, fait physiquement sentir la chaleur et le danger avec une intensité suffocante. Celui d’un malentendu autour d’un naufrage nous plonge dans ce mélange d’horreur, de confusion, de détresse, d’angoisse et de préoccupations très pratiques qui suit les grandes catastrophes.

La puissance de la mémoire sensorielle de Luc Dellisse et sa parfaite maîtrise de la langue s’allient de manière particulièrement brillante dans une des plus longues nouvelles, intitulée « Le cadenas », histoire sombre par son sujet et lumineuse par son cadre, qui baigne dans une « atmosphère de fin d’enfance » comparable à celle des meilleurs romans et films sur le sujet : « L’ancien lac [...] s’était transformé en un étang. […] Restait sa partie profonde et encore navigable sur quelques dizaines de mètres, baignant un petit ponton. Une barque retournée y gisait. On prenait son élan et on sautait le plus loin possible du débarcadère, en faisant un mouvement de ciseaux des jambes en plein vol, pour atterrir dans une joyeuse éclaboussure. D’abord on suffoquait, le froid nous enserrait de sa poigne souterraine. Puis on sentait la chaleur secrète de la boue remuée qui remontait sans bruit et ramenait le calme ».

Et quelques paragraphes plus loin : « Chaque chambre avait son odeur particulière. Il y avait celle du foin, celle du plâtre, celle des pommes trop mûres. […] Je m’allongeais. Je lisais. Je rêvais. Parfois je composais un poème dans ma tête, puis je m’endormais et au réveil, il n’en restait rien, juste une impression de paradis voluptueux ».

Des passages de ce genre sont un enchantement. Par leur puissance d’évocation, ils propulsent le lecteur dans son propre passé en l’invitant, sinon à le mettre au service d’une expérience poétique du monde, comme le fait l’auteur de Contre-plongées, à tout le moins à mesurer, apprécier et essayer de comprendre son emprise invisible.

Michel ANDRE - Critiques Libres

L’ouvrage comporte 24 nouvelles, que l’auteur appelle aventures. Il se défend en outre d’avoir écrit un recueil. Dans la quatrième de couverture, il nous explique sa démarche. À l’instar du plongeur dont la remontée est tout aussi importante que la descente, l’écrivain, après avoir exploré les tréfonds de la conscience, retrouve la vie ordinaire dans toute son étrangeté. Sa vision du monde en est transformée. D’où le titre Contre-plongées : Ce qui compte c’est d’inverser l’appel des profondeurs, de remonter vers la lumière en tenant un trésor, un simple tesson, entre les dents. De crever de la tête la surface, pour examiner au grand jour les tessons de ma vie, dans leur couleur originelle (page 26).

Ainsi dans le Tram 4, le narrateur raconte un trajet en tram, quoi de plus banal ! Mais ce trajet est émaillé d’une succession de petits événements qui rendent l’aventure particulière. Ensuite, lorsqu’il rentre chez lui, il vide ses poches, comme s’il voulait se débarrasser du menu vécu de la journée. Mais il s’aperçoit bien vite que ce vécu le poursuit. Il s’interroge : quel est le sens de tout cela ? En apparence, il n’y a aucun lien entre les attitudes des quelques voyageurs qu’il a observés, et pourtant il pressent que tout cela est lié.

Je songe ici à Nadja, d’André Breton. Dans ce récit, le narrateur rencontre dans une rue parisienne une jeune femme au regard mystérieux. Il la revoit, la perd de vue et la retrouve à plusieurs reprises, comme si le destin s’ingéniait à leur ménager des entrevues. Dans ses aventures, Luc Dellisse ne réitère pas ses rencontres à la manière de Breton, mais ses interrogations sont les mêmes. S’agit-il de coïncidences liées au hasard ou au contraire d’un plan dont la logique nous échappe ?

Tout au long de ces 24 nouvelles, divers thèmes sont abordés : la quête de la notoriété, la mémoire, la liberté, l’amour de jeunesse, le temps, les voyages, la musique. Mais tous ces thèmes ont un point commun : la rencontre dans ce qu’elle a de plus inattendu, mystérieux, personnel. Et toujours en contrepoint se profile l’invisible : C’était vraiment le signe que quelque chose se passait en coulisses (page 77).

Et puis il y a aussi la rémanence de Proust dans cette exploration effectuée par Luc Dellisse : Mais cette exploration de moi-même, à la recherche de mes galions perdus, n’aurait jamais pris toute son ampleur ni toute sa force sans un moment d’émotion imprévisible, survenu au bord de la mer, et qui unit dans mon souvenir l’aventure sous-marine et l’angoisse amoureuse (page 9). L’auteur a trouvé là sa madeleine.

Luc Dellisse est romancier, poète et nouvelliste. Il a également publié des essais, dont Le Monde invisible et Le Temps de l’écrivain. Il a été élu à l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique, où il a succédé à Jacques de Decker.

Jacques Goyens
Reflets, revue de l'Association royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie

Plongées et contre-plongées

« Il y a des souvenirs dont on ne peut rien faire, des expériences interchangeables, des événements qui pourraient advenir à n’importe qui. Les seuls souvenirs qui comptent sont ceux qui contiennent en germe une fleur nouvelle, dont les racines sont en nous. Le reste peut rejoindre les oubliettes de la mémoire. » Ces réminiscences affleurant à la conscience, Luc Dellisse les laisse émerger, les scrute, puis plonge en elles pour les remonter par paliers : « Ce qui compte c’est d’inverser l’appel des profondeurs, de remonter vers la lumière en tenant un trésor, un simple tesson, entre les dents. De crever de la tête la surface, pour examiner au grand jour les tessons de ma vie, dans leur couleur originelle. La mémoire est le seul appareil de contre-plongée. » De ces bouts d’existence, il forge littérairement des récits auto-fictifs, qu’il rassemble ensuite dans un écrin, tel son dernier recueil Contre plongées.

Le narrateur de l’ouvrage porte élégamment le temps qui a passé, et revisite des moments marquants de sa vie. Ceux-ci se rappellent à lui au détour de rencontres fortuites (au Québec lors d’un séjour professionnel, au stand 223 du salon du livre de Mulhouse, dans des circonstances funéraires, au cœur d’un jardin en friche), se cristallisent autour d’objets (un vieux rétroprojecteur de diaporamas, un curieux faire-part de décès, un sac de voyage oublié, un bracelet volé, un cadenas rouillé, un doux billet de tram, une échelle de pompiers, une maquette d’Apollo XI), se content avec brièveté et efficacité. L’homme est écrivain : il maitrise l’art de la formule et sait ménager ses effets.

Sédentaire contrarié mais rétif à l’enfermement (les issues de secours le connaissent), le narrateur a toujours navigué à vue. Au hasard de sa longue traversée en solitaire vers des destinations inconnues, parfois il a jeté l’ancre aux abords d’iles accueillantes, et d’autres fois il s’est enfoncé dans des brumes impénétrables ou s’est vu aspirer par des remous agités. Deux phares lui ont servi de guides dans son voyage existentiel : l’écriture et ses amours. C’est d’ailleurs dans un style clair, maitrisé, précis qu’il prend plaisir à évoquer ces dernières, nombreuses et variées (vécues à l’adolescence, la jeunesse et l’âge adulte, concrétisées ou rêvées, durables ou fugitives, profondes ou frémissantes). Néanmoins, malgré ses multiples pérégrinations dans l’espace, le narrateur est avant tout un voyageur temporel. Car c’est bien dans cette dimension à la linéarité inéluctable et aux boucles invisibles que se jouent les joies et les chagrins, les pertes et les enthousiasmes, la magie et le sublime, les secrets et les mystères…

Samia Hammami, Le Carnet et les Instants  

Membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique et auteur d’une quarantaine d’ouvrages, Luc Dellisse (°1953) est un romancier, essayiste, poète, dramaturge et scénariste de fictions audio-visuelles et de bande dessinée.

Il a enseigné le scénario de cinéma à l’École supérieure de réalisation audiovisuelle de Paris (2001-2005), à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (2005-2014) ainsi qu’à l’Université libre de Bruxelles (2005-2018).

Aux Éditions Lamiroy, il publie Contre-plongées, un recueil de 24 nouvelles captivantes faisant voir la vie et le monde à la manière du narrateur qui pose un regard proustien sur les temps révolus, l’enfance lointaine, les amours passées, les rencontres fortuites, les amitiés fugaces, les impressions diffuses, les méandres de la destinée, la pérennité de la mémoire, la quête de la liberté, le souvenir des pays explorés et des lieux visités, la mort au tournant…

Les récits sont brefs et nerveux, le style est fluide – des phrases courtes, des images précises, des excipits bien amenés –, et la technique admirablement maîtrisée, notamment par l’insertion de détails apparemment négligeables, mais subtilement révélateurs de la situation vécue, du personnage décrit, du décor évoqué.

 De ce qui se cache sous la surface…

 Bernard Delcord,  Lire est un plaisir

 

Related products